carnets de voyages : Népal, Bali, Chili, argentine, Bolivie, Pérou, Equateur, Costa Rica
Comme il y a deux ans, on repart visiter les iles Amantani et Taquile, mais cette fois sans agence.
On n’a pas de plan défini, pas d’adresse connue, on n’est même pas sûr de l’itinéraire à suivre, on veut juste passer un peu de temps sur chaque ile, pour mieux les découvrir et comprendre les manières de vivre de leurs habitants. Et ceci, sans le prisme d’un guide, d’un groupe ou d’un programme préétabli. Au Pérou, il y a toujours des solutions pour se déplacer, manger ou dormir, donc pas de souci d’intendance. Et puis, ça fait presque deux mois que l’on parle espagnol quotidiennement, donc on a quelques automatismes idiomatiques.
On décide de passer par la péninsule de Capachica, qui met Amantani à 45 minutes de navigation, alors qu’il y a 4h de bateau au départ de Puno. Issac, notre aubergiste, digne de « Huggy les bons tuyaux », nous a refilé 3 noms de bleds situés sur la péninsule. En voiture Simone ! Dans les bus surchargés, il est difficile de ne pas discuter. Alors de l’un à l’autre, on glane des informations, jusqu’à tomber sur une famille d’Amantani, qui nous propose de faire le voyage ensemble, puis de dormir et manger chez eux. C’est l’Pérou, quoi ! Il s’agit d’Amalla, Ruben, et de Serafina leur mère, qui reviennent de faire des courses à Puno. Ils habitent l’une des 10 communautés d’Amantani, celle de Colquecachi.
Sur l’ile, pas un moteur, tout se fait à pied. On marche donc 40 minutes pour arriver chez eux. Arrivés à la maison, on rencontre Feliciano, le père de famille, bien surpris de notre venue, mais ravi d’accueillir deux touristes. Dans le circuit normal, l’hébergement sur l’ile est réglementé. Chaque communauté reçoit les groupes à tour de rôle. Il y a même des rotations entre les communautaires afin que les subsides du tourisme soient répartis équitablement. Les propriétés sont privées, mais tout travail d’intérêt général – empierrement des chemins, création d’un terrain de volley, etc – est fait de manière communautaire. Comme on est hors circuit, chaque habitant de n’importe quelle communauté est libre de nous recevoir. Mais nous, on est très content de notre famille d’accueil ! Ils sont non seulement aimables, pleins d’humour et curieux, mais en plus ne mégotent pas sur la quantité et la qualité des plats préparés. Et l’altitude, ça creuse ! On décide de rester deux jours chez eux.
Amantani est une ile pentue, agrémentée de cultures en terrasse sur ses flancs et dominée par les temples de Pachamama et Pachatata, respectivement la mère et le père Terre, pour les Quechuas. Le matin et l’après-midi, on arpente les chemins de l’île, et on se retrouve autour de la table familiale pour les repas. Ainsi, on peut échanger sur les modes de vie de chacun. Ils vivent de manière très simple, cultivent leurs lopins de terre, élèvent des brebis, mangent de la viande une à deux fois par an. Serafina prépare les repas sur un four à bois, l’unique point d’eau se trouve dans la cour, mais ils sont tous équipés d’un portable et Amalla étudie l’anglais en ville pour devenir prof ou guide. Ils sont calmes et dégagent une certaine sérénité.
On retrouve également la maison de Norma et de son fils William, qui nous avaient hébergés la fois dernière. Elle est contente d’avoir de la visite, même si elle ne se souvient pas trop de nous. Elle nous fait part de ses difficultés d’être une mère célibataire, mais ne voudrait pour rien au monde quitter son ile pour vivre en ville, même si parfois, la manne touristique tarde à arriver jusqu’à elle.
Après deux jours très agréables, on se rend sur Taquile, l’ile voisine. Les bateaux ne sont pas nombreux. Feliciano « a supplié » un capitaine de barque touristique, de faire un détour pour venir nous chercher de ce côté-ci. En l’attendant, tout en s’abritant de la pluie sous un petit bout de toit, on fait des échanges linguistiques : un mot de français contre un mot de quechua.
Merci Feliciano de nous avoir si bien expliqué ta vie et ton île. Promis, on t’envoie une photo du tombeau des pharaons...
Notre arrivée à Taquile ne ressemble pas à celle d’Amantani. Quand nous entrons sur la place principale, les agences sont toutes là avec leurs touristes, ce qui représente beaucoup de monde. Pauvres autochtones qui supportent ce défilé tous les jours ! Et nous qui venions de séjourner deux jours dans le calme et la sérénité, quel choc, on dirait Taquile-land ! Heureusement que les voyages organisés n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à chaque lieu, ce qui fait qu’en début d’après-midi l’ile se vide et retrouve un peu de son calme, chaque guide à récupéré son troupeau, les bateaux sont repartis. Mais cette énorme pression touristique a un impact sur la vie dans l’ile. Les habitants paraissent déguisés dans leurs costumes traditionnels et sont fuyants. Nous qui souhaitions éviter les tours organisés, nous nous en sentons prisonniers.
Après le repas, nous empruntons les chemins aménagés pour circuler à pied et découvrons le côté aérien de l’ile avec le lac tout en bas. On se croirait en Méditerranée, en Corse ou dans une ile grecque, sur un relief escarpé avec la mer bleu marine en bas. Benjamin nous loge, une autre chambre est occupée par des québécois. Comme nous sommes cinq, il ne peut pas nous faire manger avec sa famille, il nous installe donc dans son restaurant. On passe une bonne soirée à discuter de voyages et autres avec nos voisins de chambre. Le lendemain nous terminons notre périple dans les iles, par une traversée en bateau sous le soleil, en direction de Puno.